Quand la sculpture rencontre TikTok, Hybridation des apprentissages et redéfinition du geste

Apprendre la sculpture sur TikTok ? Et pourquoi pas, finalement ? Nous avons bien le réflexe de chercher en ligne les réponses à nos questions les plus pratiques : changer une ampoule, faire des crêpes ou coudre un bouton. YouTube, pionnier en la matière, regorge de tutoriels et de vidéos explicatives capables de nous initier à n’importe quel hobby.

En France, les 15-24 ans forment aujourd’hui la majorité des utilisateur.ices de TikTok, plateforme dont la rapidité de défilement et la puissance algorithmique accélèrent les usages culturels. Après YouTube, puis Instagram et ses formats courts, TikTok s’impose en positionnant la vidéo au cœur de son dispositif. Mais TikTok peut-il devenir un espace d’apprentissage…et même d’apprentissage artistique ?

Allier réseaux socionumériques et apprentissage : un paradoxe ?

L’apprentissage renvoie à l’action d’acquérir des connaissances, un métier ou savoir-faire, souvent de façon encadrée et progressive. L’accès massif aux ressources en ligne a largement étendu la définition classique de l’apprentissage. Cette mutation, bien que récente dans sa forme numérique, s’inscrit dans un débat historique sur les finalités de l’éducation artistique et culturelle.

Dès le XIXe siècle en France, des controverses opposent déjà éveil aux pratiques et nécessité de l’observation. Aujourd’hui, cette tension se manifeste dans l’oscillation entre une orientation purement artistique et une seconde, adaptée aux besoins de la société : l’art comme moyen d’accroître la capacité à créer. Avec le numérique et la culture numérique dans laquelle baignent les élèves, l’apprentissage change encore de forme. TikTok devient le symbole d’un changement dans la course à l’information au XXIe siècle : on ne la cherche plus, elle défile sous nos yeux en continu.

Au lieu d’aller la trouver, on doit apprendre à gérer un flux permanent. Notre rapport aux réseaux socionumériques oblige à repenser la façon dont on comprend et intègre les savoirs. Là où nous pourrions considérer les créateur.ices de contenus comme des intermédiaires entre leur connaissance et leur public, l’artiste-sculpteur.ice, émergent.e ou établi.e, reste garant.e d’un savoir. Les likes et commentaires viennent légitimer ses contenus.

Derrière les vidéos de sculptures qui défilent sur TikTok, une question plus large se dessine : Comment la présence des sculpteur.rices sur la plateforme transforme-t-elle l’apprentissage ? Et surtout, comment ce nouvel écosystème reconfigure-t-il l’équilibre entre trois pôles : la formation académique, l’apprentissage autodidacte et l’influence de l’algorithme sur les pratiques créatives ?

Pour y répondre, nous nous sommes immergées dans dix ateliers de sculpture sur TikTok. Notre analyse nous a permis de dresser une analyse à partir des commentaires et des styles de chaque contenu. Certains sont des professeur.es comme @samandmaiasculpt ou Sam Davis et Maia Williamson à New York qui cumulent 113 000 abonnés et des millions de vues. Ielles partagent les coulisses de leurs ateliers lors des phases de modelage de bustes. D’autres étudient encore, comme Ronja Kappel (@ronjakappel sur TikTok), qui a l’habitude de se filmer pour montrer le processus de ses statues à ses 19 300 abonnés.

« Ten hours of work in nine seconds »

« Dix heures de travail en neuf secondes »

Les portraits académiques nécessitant 12, 16 heures voire plusieurs jours d’investissement sont présentés comme des démonstration de virtuosité ultra-rapide. A partir de cela, il fallait obtenir des témoignages puisque ce qui est le plus valorisé sur TikTok est aussi le plus normé. Dans l’apprentissage, n’y-a-t-il pas un risque d’uniformité ?

Nous avons rencontré des sculpteur.ices aux pratiques moins normées, où les corps s’éloignent des canons académiques. Patrick Masson est professeur de sculpture à l’école New3dge, il revient sur son rapport à l’enseignement et sur l’apport des contenus en ligne dans l’apprentissage. Soanie Marie-Rose et Manon Faucon étudient aux Beaux-Arts, ielles évoquent leur pratique et leur rapport aux réseaux socionumériques.

L'hybridation des savoirs : quand l'atelier rencontre le scroll

Sur TikTok, la sculpture se donne à voir partout et tout le temps. Démonstrations techniques, vidéos accélérées, tutoriels visuels ou fragments d’expérimentation : les contenus artistiques liés au modelage et au volume se multiplient, donnant parfois l’impression qu’il suffirait de quelques scrolls pour “entrer dans l’atelier”.

Dans notre corpus, la majorité des vidéos observées mettent en scène le processus créatif lui-même : timelapses, avant/après, gestes fragmentés, zooms sur la matière. Le.a spectateur.ice est invité.e à regarder faire, comme s’il passait la tête au-dessus de l’épaule de l’artiste. L’artiste ne se montre pas souvent. Iel propose à un.e visionneur.euse de se placer comme spectateur.ice. Iel observe tout le processus attentivement, les détails de la main sont visibles. Dmitry Astafev (@dmitryastafev), artiste sculpteur basé à Paris, partage l’envers de son décor. Il travaille le buste mais pas seulement. L’accent est mis sur l’œuvre en soi et son modèle, plus que ses mains en plein travail. La lumière du jour montre une beauté naturelle, les plans sont lents. L’artiste n’est pas dans la pédagogie. Iel n’est pas professeur mais il donne à voir une esthétique propre aux plateformes.

L’artiste montre son œuvre, mais le.a spectateur.ice y voit un processus entier, qui donne une vision romantisée de l’art. Dans son atelier, iel porte une aura particulière qu’iel met en scène également sur les plateformes numériques. Le ton adopté oscille entre sérieux technique, posture professionnelle et humour léger, avec une volonté manifeste de transmission, même lorsque celle-ci reste partielle ou implicite. La disponibilité massive de contenus reconfigure-t-elle les modes d’entrée dans la pratique sculpturale, en favorisant une hybridation entre apprentissage autodidacte en ligne et formation académique ? Les entretiens menés avec Patrick, Soanie et Manon viennent nuancer cette idée, voire la contredire par endroits.
Le point de vue de Patrick nous semblait central. À la fois praticien, pédagogue et autodidacte, il permet de mettre en tension les promesses des plateformes numériques avec les exigences concrètes de l’apprentissage sculptural. Il décrit précisément comment ses étudiants apprennent, progressent, échouent, recommencent, offrant ainsi un point de comparaison direct avec les formes d’apprentissage observables sur TikTok.

Si les contenus en ligne peuvent donner envie ou encore offrir une visualisation du geste, ils ne fournissent pas, selon lui, les conditions nécessaires à la maîtrise d’un savoir-faire fondé sur la durée, l’expérimentation et la validation critique.

TikTok montre beaucoup, mais explique peu ; il inspire davantage qu’il n’accompagne. ”No way thats so cool”(d’après un commentaire qui provient du compte de Ronja Kappel). En discutant avec Soanie, aux Beaux-Arts de

À part si tu les travailles, les émaux sont beaucoup plus lisses, beaucoup plus homogènes, la couleur aussi est plus en surface. Et je pense que c’est parce que les techniques aussi, développées autour de la faillance sont industrielles aussi.

Soanie Marie-Rose

étudiant.e, Beaux-Arts à Saint-Ouen

Saint-Ouen, des éléments cruciaux ont été abordés dans les connaissances transmises. La sculpture est un art à la frontière de l’artisanat. Bien qu’ici nous relevons un second débat. Soanie rappelle que certaines connaissances fondamentales, comme la composition des émaux ou les dosages précis, sont absentes ou rendues floues dans les vidéos circulant en ligne.

Dans notre analyse du corpus, cette absence se confirme : les contenus privilégient l’image, rarement les chiffres, presque jamais la théorie. Pourtant ce qui nous a interpellé, ce sont les impressions que laissent ces contenus chez les utilisateur.ices. Iels parlent d’eux.elles-mêmes “i want to do that SO bad” ou cherchent des conseils directs sur le matériel: “what type of clay is it”(@Nana Yaa sur TikTok). D’autres semblent partir des mêmes bases que les étudiants de Patrick, qui parfois n’ont aucune expérience en sculpture mais des bases en dessins : “Been doing traditional drawing since a kid and wanna get into sculpting so bad just don’t know where to start tbh…”(« Je fais du dessin traditionnel depuis que je suis enfant, j’ai trop envie de me lancer dans la sculpture, mais honnêtement je ne sais pas par où commencer… »). TikTok reste une voie vers la curiosité pour les amateur.ices et admirateur.ices extérieur.es.

Du « how it looks » au « how it works »

Ce décalage renvoie à une distinction entre exposition au savoir et transmission guidée. TikTok permet de voir, d’imaginer, parfois d’anticiper un geste, mais reste limité lorsqu’il s’agit d’expliquer le comment et le pourquoi, deux dimensions pourtant centrales dans la construction d’un véritable savoir-faire. Comme le souligne Patrick, l’apprentissage passe aussi par la capacité à se corriger soi-même, à analyser ses erreurs, à développer un regard critique sur son propre travail.

La sculpture, rappelle-t-il, repose sur l’essai-erreur répété : « vaut mieux faire 500 pièces […] que d’en faire une seule pendant deux ans ». Le geste ne s’acquiert donc ni par l’observation unique, ni par la répétition passive, mais par un processus d’expérimentation matérielle qui implique le droit à l’échec. Or, selon les discours, les vidéos accélérées diffusées sur TikTok donnent l’impression que «tout est facile et rapide ». Cette impression est renforcée par les formats courts observés, qui compressent visuellement des heures/jours de travail en quelques secondes, bien que certain.es créateur.ices tentent ponctuellement de mentionner la durée réelle du travail dans les captions afin de contrer cette perception et d’insister sur la difficulté du geste qu’ils effectuent.

Les utilisateur.rice.s de TikTok ne sont pas dupes et voient la technicité de la sculpture. Une grande partie d’entre elleux est simplement émerveillée mais d’autres reconnaissent aisément la difficulté de la pratique.

 

« J'aurai tellement peur de pas réussir à fondre les démarquations des coupures.»

La sculptrice autodidacte Briony Jane, semble pratiquer dans un cadre plus informel. Sur son compte, les contenus y sont plus pédagogiques. C’est précisément cet aspect interactif qui permet à ses followers d’avoir une idée de la difficulté technique de son travail. Beaucoup des retours de sa communauté abordent la difficulté de la pratique. Ses contenus comportent des conseils sur l’étape du vidage de la sculpture. Les hashtags qu’elle utilise l’identifie davantage à la pratique de la sculpture #SculptureArgile, #Artisanat contrairement à Dmitry Astafev qui inscrit son contenu dans un moment créatif ou la matière qu’il travaille #third session #atelier #studio #bust.

Quand le processus devient spectacle

 

Les gens, ils disent : Tu es talentueux, c’est inné, tu es doué. Alors qu’en fait, ça fait des années et des années qu’il charbonne sa technique.

Il a dû en casser des dizaines des sculptures ou des peintures ratées pour pouvoir présenter ce qu’il présente aujourd’hui.

Manon Faucon

étudiante, Beaux-Arts

Sculpter signifie travailler la majeure partie de son temps dans son atelier. Les étudiant.es aux Beaux-Arts y ont accès de nuit ; modeler, essayer, rater et recommencer est un passage obligatoire pour tout artiste.

Manon, étudiante aux Beaux-Arts de Paris, compare le travail sculptural à une «formule mathématique», insistant sur la précision, la concentration et la cohérence globale nécessaires à la construction d’une pièce. Cette exigence entre frontalement en conflit avec les logiques attentionnelles des réseaux sociaux. Filmer et créer simultanément apparaît alors comme un exercice délicat, voire contradictoire. Nos observations confirment que 

même lorsque les créateur.rices se filment en temps réel, la caméra agit comme un dispositif de mise en scène. Elle oriente le geste vers le rendu visuel plutôt que vers la captation du réel effort. Le processus est esthétisé, scénarisé, rendu satisfying, au détriment de sa matérialité et de ses aspérités. Cette esthétisation produit une représentation simplifiée du travail artistique : la création devient spectacle, la difficulté disparaît derrière la performance. Pour les spectateur.ices, cette mise en scène peut générer une forme d’apprentissage illusoire. Lorsqu’iels tentent de reproduire ces gestes, la confrontation avec la lenteur, la complexité et les ratés du réel tend alors à produire un effet plus décourageant qu’éducatif.

Une tension claire se dessine ainsi entre le rythme du geste (lent, empirique, répétitif) et celui du réseau (rapide, fluide, spectaculaire). L’un reste largement invisible, l’autre est activement valorisé. C’est aussi ce qui rend les contenus TikTok si attrayants. Alors qu’une partie du monde de l’art préserve ses ateliers d’un regard extérieur. Cette fois-ci tout individu curieux peut voir ce qui se cache en coulisse. Même si on admire la création artistique, montrer cette étape revient à démystifier le travail de l’artiste. Pour les créateur.ices, c’est un nouveau type de reconnaissance. On ne les applaudit plus pour leur produit final mais pour toute leur chaîne de production.

Ainsi, là où TikTok relève de la monstration du processus artistique, l’école permet d’articuler, de contextualiser et de transformer. Les contenus observés en ligne jouent alors davantage un rôle d’amorçage ou de vitrine que de véritable laboratoire pédagogique. Pour Soanie, l’école d’un côté et TikTok de l’autre : la formation sur le temps long d’un côté et la prolifération d’information et la rapidité de l’autre.

Donner envie, mais pas former

Fait intéressant, Patrick se définit lui-même comme autodidacte. Pourtant, il estime que les contenus en ligne ne permettent d’atteindre qu’un niveau débutant ou intermédiaire. L’expertise, selon lui, nécessite soit des formations payantes, soit une capacité d’auto-critique extrêmement développée. TikTok apparaît ainsi comme un espace qui “titille l’envie”, qui donne l’impulsion initiale, mais qui ne suffit pas à soutenir un apprentissage approfondi ou professionnalisant. Ce rôle d’incitation est particulièrement visible dans les formats “avant / maintenant” ou “j’ai commencé il y a deux ans”, très performants en termes de vues, mais qui passent sous silence les étapes concrètes du progrès. Les discours recueillis révèlent un rapport ambivalent aux réseaux socionumériques.

Soanie décrit Instagram comme un portfolio utile, mais potentiellement dangereux pour la singularité de son travail : la surcharge d’images et la standardisation des esthétiques peuvent brouiller les inspirations. Manon, de son côté, parle des réseaux comme d’une “obligation” pour exister artistiquement, tout en soulignant la fragilité des communautés numériques, bien moins stables que les interactions en atelier ou lors d’expositions. En croisant ces points de vue, TikTok apparaît comme un écosystème hybride : à la fois vitrine, outil de légitimation et espace d’apprentissage limité. Il modifie les portes d’entrée dans la sculpture, sans en transformer en profondeur les modes d’apprentissage.

Être visible ou sculpter : l’obligation de la présence

 Il y a aussi grave un truc, tu sais, tu vas voir quelqu’un sur les réseaux, jeune artiste qui va, poster ses expositions, poster son actu et tu vas te dire c’est ça qui fonctionne. C’est ça qui est demandé.

Et genre, la réalité, elle devient aussi biaisée par rapport à ce dont tu as accès.

Soanie Marie-Rose

Pour les artistes interrogé.es, la présence en ligne n’est plus vraiment un choix. Instagram (et par extension TikTok) s’impose comme une « carte de visite » indispensable, un espace où il faut exister pour être repéré, suivi, parfois simplement pris au sérieux. Cette visibilité est cependant vécue comme une contrainte, car elle impose de « rentrer dans des codes » qui ne sont pas naturels à la pratique sculpturale.

Poster régulièrement, penser au cadrage, au montage, au rythme, à la narration : autant d’exigences qui s’ajoutent au travail de l’atelier. Or, le geste de sculpture ne se plie pas facilement à ces injonctions. Il est lent, répétitif, parfois ingrat visuellement. L’artiste se retrouve alors pris dans une tension constante : continuer à produire selon ses propres temporalités ou adapter sa pratique pour rester visible dans un environnement qui valorise la vitesse et la nouveauté.

Reconnaissance biaisée et prescriptions algorithmiques

La reconnaissance en ligne apparaît souvent comme déconnectée de la qualité technique du travail. Patrick souligne que la visibilité dépend davantage de la capacité à bien communiquer que de la maîtrise du geste.

« […] Si on ne sait pas se vendre, si on ne sait pas se mettre en avant, si on ne sait pas bien communiquer avec ces réseaux et avec ces moyens,   la reconnaissance ne vient pas, n’est pas là.”

Patrick Masson

L’algorithme agit alors comme un prescripteur silencieux, orientant les pratiques vers ce qui maximise l’attention et la viralité. Cette logique favorise des contenus lisibles, rapides et spectaculaires, au détriment de processus complexes ou exigeants, générant une frustration particulière chez les artistes les plus expérimenté.es.

« On sent qu'on a les mêmes influences. Ça se ressent aussi dans le travail.»

Face à ces logiques algorithmiques, les apprenti.es sculpteur.ices expriment une même inquiétude : celle de voir les styles se lisser à force de reproduire ce qui “fonctionne”. Quand certains formats, gestes ou esthétiques sont survalorisés par la plateforme, la tentation est grande de les imiter, au risque de perdre ce qui fait la singularité d’un travail. 

C’est ici que la formation académique conserve un rôle clé : elle transmet des savoirs, des méthodes et une culture critique qui ne se trouvent pas dans le fil d’actualité. Soanie insiste ainsi sur la nécessité de garder une distance avec les plateformes, de ne pas s’y dissoudre entièrement : « Moi, j’essaie toujours de le faire avec un petit second degré […] où je continue à sentir une liberté que si jamais, du jour au lendemain, je ne veux plus rien avoir à faire avec ça.» Cette posture révèle une forme de négociation avec l’algorithme : être présent, mais pas captif ; visible, sans se laisser dicter entièrement ses choix.

TikTok a crée une espace numérique pour la sculpture qui n’exclue pas la pédagogie mais n’en est pas le maître mot. L’esthétique et l’image prenant le pas sur la transmission de compétences techniques.

Cette enquête montre une chose avec netteté : le temps long de l’apprentissage artistique ne fait pas bon ménage avec la vitesse effrénée des plateformes numériques.

Démarche photographique

Le projet questionne l’apprentissage d’un art, ici la sculpture, à travers les réseaux sociaux et leur rythme accéléré. Après avoir exploré les contenus de plateformes tels TikTok, YouTube et Instagram, décision a été prise de se concentrer sur le geste, de prélever des vidéos et de détourer les mains. Considérés habituellement comme des défauts techniques, les artefacts numériques, les débordements, les découpes visibles et les mouvements saturés ainsi créés, matérialisent la surcharge visuelle propre à ces modes d’apprentissage. La superposition des gestes produit une image animée , chaotique, presque illisible : une accumulation frénétique de tentatives d’actions partielles et de répétitions. 

La sculpture n’est pas montrée, seule importe la façon dont sa transmission se déforme lorsqu’elle passe par les courants du flux numérique.

L'auteur.e

Manon Dubuc, Paulina Olmedo et Carla Cita
- Manon est étudiante en communication par l’image et cultures numériques, après une formation en information-communication. Son intérêt se porte principalement sur l’image en mouvement, en particulier dans les domaines de l’audiovisuel et de la télévision, et sur les mécanismes par lesquels les images participent à la production de sens, notamment relié aux mécanismes de visibilité et d’invisibilisation identitaires. Ses travaux s’inscrivent dans une réflexion sur les dispositifs médiatiques et les usages de l’image, notamment dans le contexte des industries culturelles et des réseaux sociaux numériques. Dans le cadre de ce projet socio-photographique, elle n’a pas travaillé à partir d’une pratique photographique directe. L’étude de productions visuelles diffusées sur les réseaux sociaux l’a conduite à analyser les choix de cadrage, de prise de vue et de mise en image, en articulation avec le travail photographique mené par Clément au sein du groupe. - Ce n’est que récemment que Carla s’est intéressée à la photographie, non par la pratique mais par pur plaisir du regard. À travers plusieurs expériences en conception d’expositions, elle découvre la photographie documentaire en accompagnant un photographe dans un projet d’exposition, et s’interroge sur la relation entretenue entre le photographe et son sujet. De formation littéraire et aujourd’hui étudiante en communication, elle mène une recherche sur l’autoreprésentation des artistes guadeloupéens et martiniquais sur Instagram. Elle s’attache à comprendre jusqu’où les artistes peuvent s’approprier les réseaux sociaux numériques pour s’inscrire dans le monde de l’art, et à interroger les usages possibles de cette plateforme. Dans le cadre de cet atelier, elle s’éloigne volontairement d’Instagram afin de provoquer d’autres types de rencontres dans le secteur artistique, notamment autour de l’apprentissage. - Paulina Olmedo est une étudiante mexicaine titulaire d’une licence en communication. Elle poursuit actuellement un master en industries culturelles à l’Université Paris 8. Ses intérêts de recherche portent sur la photographie, la sociologie et leurs liens avec la culture et l’art. Dans le cadre de son mémoire, elle mène une recherche sur la diaspora des femmes mexicaines à Paris, en analysant la manière dont elles intègrent différents médias de communication pour faciliter leur adaptation à la société française et comment ces pratiques participent à la construction de nouvelles identités. Dans le cadre de l’atelier de socio-photographie, elle a coécrit avec son équipe un article de recherche consacré à l’apprentissage de la sculpture à travers les plateformes en ligne.

Le.la photographe

Né à Avranches en Normandie et actuellement étudiant à l’ENS Louis-Lumière, il vit et travaille à Paris. Sa pratique photographique se distingue en deux volets : le premier concerne le tirage, toutes techniques confondues, du jet d’encre au travail à l’agrandisseur, en passant par des procédés anciens de photographie ; le second relève d’une approche lente de la photographie, à travers l’utilisation d’appareils bricolés et de la chambre argentique. Ces deux pratiques, auxquelles s’ajoute une exploration des arts numériques en dialogue avec l’image photographique, sont liées par un attrait particulier pour la matérialité de la photographie et pour l’objet photographique.
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